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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 19:06
Ma « spécialité », c’est le texte. Au-delà de mon expérience professionnelle et personnelle, j’entends par là : ce qui me plait, la matière sur laquelle j’aime à travailler, tant au niveau du fond (ce qui l’on cherche à « faire passer ») que de la forme (la langue, qui se façonne au gré de chacun, mais qui doit être intelligible au lecteur).

J’ai voulu m’y consacrer à travers la profession d’éditeur, mais pas d’une manière « convenue » : j’ai souhaité axer mon projet éditorial sur une « frange » délaissée par les éditeurs plus traditionnels (et surtout plus « gros ») en quête d’une rentabilité toujours plus importante et immédiate (ils ont des actionnaires exigeants pour lesquels la littérature est devenue une « marchandise » comme une autre…), et qui travaillent avec un cercle réduit d’auteurs déjà consacrés ou ne nécessitant qu’un faible travail éditorial, sans parler des « coups » médiatiques qui polluent le paysage littéraire déjà envahi par une prolifération de productions souvent sans intérêt… (parlez-en à votre libraire qui, comme la plupart, doit sûrement pousser les murs chaque mois pour placer « l’office » des grandes maisons d’édition).

J’ai donc choisi de « produire » des « scripteurs » méconnus et bien souvent méprisés : les jeunes.
On entend dire d’eux qu’ils ne savent plus écrire, qu’ils ne lisent pas… qu’on ne les voit qu’affalés devant la télé ou à faire des conneries, sans intérêt aucun pour la « chose littéraire ». Je trouve que c’est une trahison envers notre jeunesse que de lui accorder aussi peu de crédit et de lui faire aussi peu confiance. Ainsi, par exemple, malgré leurs niveaux d’études de plus en plus élevés et des spécialisations professionnelles bien plus exigeantes que par le passé, nos jeunes ne parviennent pas à trouver leur place dans notre société (emploi, logement…).

Cette piètre considération fait fi de l’intense activité de lecture et d’écriture des jeunes sur le Web, car c’est eux, en effet, qui, majoritairement, y écrivent. Leur appropriation de cet outil pour y inventer de nouveaux types de relations sociales est remarquable, mais aussi, et c’est ce qui a particulièrement suscité mon attention, leur utilisation de ce cadre pour y déchaîner leur créativité et leur besoin d’expression. Et même si chaque blog n’est pas l’œuvre d’un génie (loin de là), un peu d’intérêt pour ce qui s’y passe, ce qui s’y dit, ouvre une porte vers d’heureuses surprises.

Cependant, plusieurs constats s’imposent : dans le foisonnement du Net, il est souvent long et fastidieux de trouver les sites qui valent vraiment le détour, la promenade prend beaucoup de temps… D’autre part, un travail sérieux de correction et de révision (même minimum) manque souvent, dont l’absence dévalue le réel talent de certains, sans compter que la lecture d’un long texte sur écran est ardue et peu plaisante. Par ailleurs, cette publication sur le Web ne permet pas une valorisation économique (gratuité totale) et morale de l’auteur (qui peut être plagié sans limite).

Cette génération de « netscripteurs », j’ai donc eu envie de faire travailler avec elle, de m’intéresser à ce qui l’intéresse sans jugement préconçu, afin de lui apporter mon expérience d’aînée et mes compétences techniques pour, ensemble, faire quelque chose, sur le modèle d’une “pédagogie du chef-d’œuvre*” tissée d’exigence et de confiance, une expérience où l’on s’investit dans la durée pour un résultat que les jeunes ont la possibilité de revendiquer et dont ils pourront être fiers.

* Philippe Meirieu, « Adolescent à l’école : est-ce possible ? », dans Cultures adolescentes, entre turbulence et construction de soi, ouvrage dirigé par David Le Breton et paru dans la collection Mutations aux éditions Autrement en 2008.

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